Bois illégal et déforestation, Gaspard-Hubert Lonsi Koko plaide pour la sauvegarde du bassin du Congo
Le projet de règlement sur les importations illégales de bois, en discussion depuis 2003, vient d’être adopté et entrera en vigueur en 2013. Pour ce faire, l’Union Européenne propose notamment de mettre en œuvre des accords de partenariats volontaires (APV) avec les pays producteurs de produits ligneux. Il s’agit d’accords commerciaux bilatéraux. Les négociations de ces APV reposent sur un système national de vérification de la légalité des exploitations et la traçabilité du bois.Ce jeudi 21 octobre, la RD-Congo et l'Union Européenne ont entamé des négations en vue d’un accord pour lutter contre les exploitations de bois issu d'abattages illégaux. Le commissaire européen au développement, Andris Piebalgs, le ministre congolais de l'Environnement, José Bononge Endundo, et le ministre belge de la Coopération au développement Charles Michel, dont le pays préside l'UE, ont signé à Bruxelles une déclaration destinée à lancer ces négociations. D'autres pays africains ont déjà ratifié des accords allant dans ce sens avec l'Union Européenne. Africa Media 21 a reçu Gaspard-Hubert Lonsi Koko, candidat a l’élection présidentielle de 2011. Le projet de société de son parti, le Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo, RDPC, fait la part belle à l’existence harmonieuse entre l’Homme et la nature. Dans cette interview, M. Lonsi endosse le costume d’un véritable avocat du bassin du Congo, et explique toute son importance dans le dispositif international pour la protection de l’environnement.
Une interview extraordinaire.
Africa Média 21 : La République Démocratique du Congo devrait prochainement se joindre aux pays africains – l’occurrence la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Congo-Brazzaville – ayant déjà signé les accords contre la vente frauduleuse de bois. Quel est votre avis ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Dans l’avant-projet intitulé Le Congo d’avenir, que je compte proposer au peuple congolais à l’occasion de la campagne pour la prochaine élection présidentielle, j’affirme avec force et vigueur que l’exploitation des ressources naturelles et minérales, stratégiques et précieuses en République Démocratique du Congo sera assujettie au respect de l’environnement et des préoccupations sociales des populations environnantes. Le citoyen congolais que je suis, qui plus est citoyen du monde, ne peut en aucun cas céder aux menaçantes réactions de groupuscules peu enclins à l’harmonisation des actions à finalité planétaire. Ce citoyen ne peut non plus rester indifférent aux dangers qui menacent ce patrimoine mondial qu’est le bassin du Congo. Celui-ci, avec ses 200 millions d’hectares de forêt en guise de superficie, est la deuxième plus grande région de forêts anciennes tropicales au monde après l’Amazonie. Ainsi joue-t-il indéniablement un rôle essentiel dans la régulation du climat régional et du stockage du carbone sous forme de bois sur pied. Au-delà de la conscientisation des populations congolaises, mes inquiétudes sur le devenir du bassin du Congo consistent en réalité à attirer l’attention des opinions africaine et internationale sur les causes de la déforestation, leurs conséquences sur les plans continental et mondial ainsi que les éventuelles solutions pour un meilleur développement économique et la survie de certaines populations.
De toute évidence, pour des raisons à la fois économique et environnementale, je ne peux qu’être favorable au fait que la République Démocratique du Congo puisse se joindre aux pays africains qui ont déjà signé, avec l’Union Européenne, les accords contre la vente frauduleuse de bois. Je rappelle que mon projet de société accorde une place importante à la lutte contre la déforestation.
Africa Media 21 : Pourriez-vous alors éclairer nos lecteurs sur les principales causes de la déforestation ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Il faut savoir que plus de la moitié de la biodiversité exceptionnelle – au moins 11 000 espèces de plantes, 409 espèces de mammifères, 1 086 espèces d’oiseaux, 152 espèces de serpents et 1 069 espèces de poissons... – qu’abrite le bassin du Congo se situe en République Démocratique du Congo. Malheureusement, dans ce pays, la sauvegarde de l’environnement laisse à désirer. Si dans les autres pays de ce bassin l’exploitation industrielle des forêts et leur conversion, ou leur dégradation, sont principalement dues à l’indifférence humaine, les différentes guerres qui fragilisent le Congo-Kinshasa, le braconnage et l’exploitation en toute illégalité des minerais ont des conséquences néfastes sur des espèces rares telles que l’okapi, les gorilles de montagne, les paons congolais... Dans un pays où de nombreuses populations – à savoir les Pygmées et tant d’autres – dépendent quasiment des ressources forestières pour leur subsistance, ne rien entreprendre reviendrait à les condamner à jamais à la précarité.
De toute manière, au-delà des pays du bassin du Congo, les forêts sont globalement menacées par les agressions de type biotique et abiotique – comme les aléas climatiques, les maladies propagées par des insectes ou des champignons –, ainsi que par les agressions de type purement anthropique telles que les incendies, la pollution atmosphérique, la déforestation, l’évolution des pressions sociales. L’inconscience humaine face à ces menaces ne cesse d’aggraver leurs conséquences à l’échelle mondiale.
Africa Média 21 : Quelles sont donc les conséquences à l’échelle mondiale ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Les conséquences sont connues. Selon le FAO, chaque année, la superficie totale de déforestation dans le bassin du Congo est estimée à environ 934 000 hectares. Sachant que les forêts jouent un rôle crucial dans le changement climatique par le biais de la séquestration ou du stockage de grandes quantités de carbone (notamment par l’absorption de CO2) au fur et à mesure de leur croissance, il est évident que la déforestation de cette région génère des conséquences à l’origine de l’augmentation des gaz à effet de serres à l’échelle mondiale. Cela risque aussi d’hypothéquer les perspectives de nouveaux marchés pour les services écosystémiques, en particulier la possibilité de Réduction des émissions pour la déforestation et la dégradation (REDD) et leur éligibilité à des crédits de carbone, ainsi que les sources d’énergies renouvelables, comme les énergies éolienne et géothermique.
Plus grave encore, ces effets négatifs ont des répercussions inquiétantes aussi bien sur l’environnement que sur la santé humaine. C’est parce que l’être humain fait partie intégrante de l’écosystème planétaire que nous devons nous impliquer davantage dans la recherche commune des voies et moyens pour un mode de vie durable et équitable.
Africa Média 21 : Existe-t-il des solutions ? Si oui, de quel ordre ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Bien entendu, il est plus qu’urgent de trouver des solutions préventives. Pour lutter de manière efficace contre le réchauffement climatique, il faudra obligatoirement commencer par sauvegarder le bassin du Congo. Sachant que la protection de cet environnement et de cet écosystème est une nécessité absolue pour assurer la survie des populations locales et celle des générations futures, la lutte contre la pollution sous toutes ses formes doit devenir la préoccupation majeure des pays concernés : en l’occurrence le Burundi, le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Congo-Brazzaville, la République centrafricaine, la République Démocratique du Congo, le Rwanda ainsi que le Sao Tomé-et-Prince. S’impose donc l’obligation des institutions et organismes régionaux, continentaux ou planétaires – comme la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC), le Fonds pour les Forêts du Bassin du Congo (FFBC)... – à aider ces pays en vue d’un investissement régional considérable en matière de recherche, d’innovation et d’enseignement supérieur sur le développement durable et la biodiversité, la finalité étant la mise en place d’une grande technopôle sur le plan environnemental. En tout cas, dans l’espoir de parvenir à des résultats satisfaisants, on ne pourra faire l’économie d’une taxe environnementale. De ce fait, les entreprises, qui auront l’exclusivité de l’exploitation de ce patrimoine mondial, devront être tenues par un cahier des charges.
Africa Média 21 : Faut-il conclure que les solutions sont forcément les mêmes dans tous les pays du bassin du Congo ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Non, pas du tout. S’agissant, par exemple, de la République Démocratique du Congo, la présence de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national, la maîtrise de la pauvreté, l’exploitation réglementée des ressources naturelles, l’interdiction d’utiliser des armes de guerre en vue du braconnage pourront éviter, à n’en pas douter, des dommages durables aux écosystèmes indispensables au mode de vie et à la survie de certaines populations. Celles-ci, rappelons-le, ont depuis très longtemps compris, à l’instar d’autres peuplades à travers le monde, que le vrai bonheur est le fruit de l’existence en parfaite communion avec la nature.
Comme l’écosystème international ne peut nullement échapper aux effets des changements climatiques, plus précisément à leurs méfaits, les pays industrialisés, lesquels sont à l’origine de plus de la moitié de la pollution planétaire, ne doivent pas rester indifférents au sort du bassin du Congo. Voilà pourquoi il est important qu’ils se penchent sérieusement, en partenariat avec les pays concernés, sur les solutions appropriées tout en ayant à l’esprit le fait que la gestion commune des forêts reste l’une des meilleures voies. L’objectif, c’est de penser aux mesures préventives en vue de la protection, à travers la planète, contre les tempêtes et les chablis pour empêcher les abattages anarchiques, contre la sécheresse pour éviter les incendies et une éventuelle désertification, contre les maladies très souvent générées par des insecticides ...
Sans conteste, une réflexion approfondie en vue des clauses de la gestion future de l’écosystème planétaire est une évidence, sans pour autant que cela préconise une nouvelle forme de colonisation et d’ingérence aux affaires intérieures de certaines nations.
Propos recueillis par Eric Mwamba
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