L'avocat de JPB à la rescousse

La défense de Michel Thierry Atangana voit l’entrée de deux nouveaux avocats. Une initiative du comité de soutien, du consortium des multinationales, de ses amis, anciens camarades de classe et enseignants.

Mes Gilbert Collard et Manuel Aeschlimann face au Cameroun

Cela ne fait plus l’ombre d’un doute. Me Gilbert Collard, avocat et écrivain français, et Me Manuel Aeschlimann, avocat au barreau de Paris, vont désormais s’occuper de la défense du citoyen français Michel Thierry Atangana. Ils viennent apporter leur expertise sur le travail abattu jusqu’alors par Me Rémy Barousse, avocat au barreau de Paris, et le collectif des avocats camerounais constitué pour la circonstance. Une initiative du comité de soutien à Michel Thierry Atangana, du consortium des multinationales ayant œuvré dans les travaux de construction des routes dans le cadre du Copisur (Comité de pilotage et de suivi des projets routiers) mis sur pied par arrêté du Président de la République du Cameroun le 08 juillet 1994, de ses amis, de ses anciens camarades et enseignants. C’est l’essentiel d’un communiqué de presse déposé à la rédaction par le comité de soutien à Michel Thierry Atangana.

Selon ce communiqué, une telle initiative a été prise suite aux inquiétudes que ressentent ces gens quant au déroulement de la procédure. La première inquiétude vient après la sortie médiatique du ministre de la communication et porte parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary, le 30 juillet 2010 devant quatre principales chaînes de télévision nationales. Abordant la question sur l’affaire qui oppose l’Etat du Cameroun à Michel Thierry Atangana, le ministre déclarait entre autre que « la Chambre de contrôle de l’instruction, constituée de trois magistrats d’un grade supérieur à celui du magistrat qui a rendu l’arrêt, plus la présence du ministère public, ont reconsidéré l’affaire et se sont rendus compte qu’il n’a pas dit le droit. Il a plutôt fait état, excusez-moi, d’élucubrations, de ses fantasmes… ». Des déclarations, comme pensent certains, frisent un déni de magistrat, si ce n’est un déni de justice. « Nous pensons que cela est grave, provenant d’un ministre de la République, par ailleurs porte parole du gouvernement. Tout laisse croire à une réelle volonté de ce dernier de vouloir manipuler ceux qui ont en charge ce procès », souligne le président du comité de soutien, le Pasteur Ngono Ebodé Robert. Pour lui, le ministre viole la Constitution du Cameroun qui prône une séparation de pouvoir entre l’Exécutif et le judiciaire.

Inquiétudes

L’autre inquiétude de ce collectif mis sur pied remonte à l’audience du 09 septembre dernier. La nouvelle collégialité a émis des réserves sur la nationalité de Michel Thierry Atangana. « On ne peut pas prétendre que ces réserves sont anodines. Tous les documents sur la nationalité française de Michel Thierry sont là. Et c’est tellement facile de le vérifier. Nous avons l’impression de tourner en rond sur des questions aussi simples », renchérit le président du comité de soutien. Des griefs qui viennent s’ajouter à ceux déjà observés dans la conduite du procès qui fait penser à des règlements de compte d’une autre nature. Et parmi ces griefs, on peut citer, comme le fait savoir un membre de la défense, de la violation des droits de l’homme, de la violation du code de procédures pénales, des multiples renvois de procédures sans « raison véritable » fondé sur le droit, et la liste est bien loin d’être exhaustive. « Cette situation fait que l’on craigne que la situation de 1997 ne se reproduise et que Michel Atangana soit à nouveau condamné alors qu’à l’heure actuelle, tout plaide pour son innocence, l’ordonnance du juge d’instruction faisant foi », commente un membre du comité de soutien.

Faut-il le rappeler, c’est au moment où Michel Thierry Atangana a déjà purgé 13 des 15 ans qui lui ont été infligés en 1997 en coaction avec le Pr Edzoa Titus, que de nouvelles charges pèsent sur lui. Il s’agit notamment de mise sur pied d’un mécanisme illégal de financement des projets routiers, de tentative de détournement de 59 milliards de Fcfa dans le cadre de l’organisation du 32ème sommet de l’Oua en 1996, et de trafic d’influence dans la passation du marché d’extension de la Sonara. Des charges que Mes Collard et Aeschlimann se font le devoir de démonter, par la force du droit. L’audience du 30 septembre prochain qui devrait en principe voir les débats dans le fond s’ouvrir promet certainement des rebondissements.

Qui sont Collard et Aeschlimann ?

C’est la véritable question qu’on est en droit de se poser au regard de l’enlisement de la procédure à l’heure actuelle. Un enlisement qui est loin de cacher le malaise que ressentent certains dans la conduite de cette procédure. Pourront-ils réussir dans un labyrinthe où le droit semble relégué au second plan au profit de la manipulation, la désinformation, ou encore le positionnement ? Force est de reconnaître que certains éléments militent en leur faveur. Me Gilbert Collard est un avocat et écrivain français né le 3 février 1948 à Marseille. Il participe régulièrement à l’émission « Les grandes gueules » sur Rmc. Il est avocat au barreau de Marseille depuis 1971 et porte plusieurs titres honorifiques, entre autres président de la coordination européenne des droits de l’homme et du collège de criminologie clinique, président du mouvement pour l’organisation de la société civile.

Il a conduit des affaires très médiatisées parmi lesquelles l’Arche de Zoé au Tchad, l’affaire du journaliste arrêté en Côte-d’Ivoire, Jean Paul Ney, Céline Faye et Sarah Zaknoune 17 ans, incarcérées en République dominicaine pour trafic de cocaïne condamnées à 8 ans de prison, l’affaire Charles Pasqua, ou encore Robert Riblet contre la Française des jeux. Il ne cache pas ses élans politiques et appartient au parti Radical-valoisien de Jean-Louis Borloo. Il est un proche de Charles Pasqua. Quant à Me Manuel Aeschlimann, il est né le 22 octobre 1964 à Asnières-sur-Seine. Il est un homme politique et député de la 2ème circonscription des Hauts-de-Seine depuis 2002.

Manuel Aeschlimann devient conseiller technique de Nicolas Sarkosy en juillet 2005, après avoir créé et présidé la commission du suivi de l'opinion publique à l'Union pour un mouvement populaire, l’Ump, le parti au pouvoir en France. Comme Me Collard, il s’est impliqué dans plusieurs dossiers retentissants et complexes comme celui qu’il défend actuellement, l’ancien vice président du Congo, Jean Paul Bemba, qui est détenu devant la Cour pénale internationale de la Haye.

M.S

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