le 30 juin 2011, une nvlle équipe

Dans cette interview exclusive à batons rompus, Gaspard-Hubert Lonsi Koko n'a pas fait dans la dentelle. Celui qui apparait comme un candidat du changement préconise, l’installation, le 30 Juin 2011, d’une équipe de gestionnaires aguerris, intègres et probes dont la mission primordiale sera d’assurer techniquement la continuité de l’État et d’organiser les élections dans le semestre suivant.

Africa Media 21 : Le président de la Commission Électorale Indépendante (CEI), l’abbé Apollinaire Malu-Malu Muholongu, a récemment publié un calendrier électoral pour des élections générales échelonnées entre 2010 et 2013. En tant que candidat à la prochaine élection présidentielle, comment analysez-vous le processus démocratique en RD Congo depuis 2006 ?

Gaspard-Hubert Lonsi : En 2006, le peuple congolais avait à juste titre pris la décision historique de changer le cours de son destin politique. À cet égard, la République Démocratique du Congo organisait, après trois décennies de léthargie et de fossilisation des esprits, des élections présidentielle et législatives, grâce aux revendications légitimes d’une élite politique clairvoyante et patriotique, à la volonté inébranlable de notre peuple meurtri et à l’assistance de la communauté internationale dont nous devons saluer la contribution et la générosité. Dans la foulée de ces joutes électorales, la nouvelle mouture des collectivités publiques a été mise en place. Chargées de répondre aux besoins les plus pressants des populations locales, ces instances se sont rapidement dotées d’institutions politiques dont la mission consistait à administrer les entités provinciales nouvellement créées. Toutefois, sur le plan municipal, les élections communales, qui auraient dû normalement culminer le processus électoral, n’ont à vrai dire connu un moindre début de commencement. Une telle mascarade ne pouvait que présager, – c’est ce que craignaient et redoutaient les forces progressistes et démocratiques –, la confiscation du pouvoir, l’accaparement de l’État et la prise en otage de notre peuple au niveau de la base. De ce fait, une faction politique, en l’occurrence la majorité présidentielle, a fait main basse sur les collectivités locales.

Africa Media 21 : Mais pourquoi ce refus systématique d’organiser les élections locales ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Force est de reconnaître que cette perspective malsaine de ne pas organiser des scrutins municipaux et locaux rende hypothétique la possibilité de tenir des élections pouvant consacrer l’avènement de la prochaine législature et du prochain quinquennat présidentiel. Cela est d’autant plus vrai que la stratégie gouvernementale, concoctée et appuyée par des partis satellites, a consisté à lier impérativement, coûte que coûte, l’organisation des élections générales à la réussite des fameux cinq chantiers chimériques.

Africa Media 21 : Justement, que pensez-vous de ces cinq chantiers ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Un secret de polichinelle. Il s’avère que ces travaux d’infrastructures sont un échec patent, cuisant et lamentable. Aussi importe-t-il de souligner que le résultat de ces cinq fameux chantiers montre l’incapacité de leurs thuriféraires à tenir leurs promesses et, surtout, à réaliser dans les délais impartis l’ensemble du programme politique et électoral pourtant annoncé à coup de gueule et en grande pompe comme révolutionnaire.

Africa Media 21 : Que reprochez-vous donc au programme politique et électoral du président Kabila et de son gouvernement ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Dans le but d’escamoter leur incompétence notoire et de dissimuler leur amateurisme pourtant palpable, les autorités politiques et gouvernementales de la République Démocratique du Congo planifient le report des scrutins. Dans les coulisses, elles manigancent le report, à un futur éloigné, des élections générales avec la complicité d’une frange significative de l’opposition représentée au sein du parlement national et de l’Abbé Apollinaire Malu-Malu Muholongu. Ce dernier est, à vrai dire, l’avant-poste du gouvernement au sein de la CEI. À titre de ballon d’essai et dans l’optique de faire passer cette pilule amère à l’opinion nationale, elles laissent supposer que les élections présidentielle et législatives auront éventuellement lieu en 2013.

Africa Media 21 : S’il en est vraiment ainsi, que feriez-vous ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko : D’ores et déjà, le Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo considère une telle initiative d’antidémocratique. Notre parti, lequel est voué au changement et très sensible aux cris de détresse du peuple congolais, qualifie cette attitude de mascarade dont le seul objectif consiste à servir les intérêts mesquins d’une classe politique dont le bilan est difficilement défendable. Ces manœuvres dilatoires, profondément abjectes, constituent une haute trahison, une grave atteinte à la sûreté de l’État, un putsch et, par voie de conséquence, une grave atteinte à la constitution du 18 février 2006. Il s’agit donc d’une confiscation planifiée, délibéré et orchestrée du pouvoir, sans raison apparente et sans motivation objective. Je prends à témoin l’ensemble de notre peuple et l’opinion internationale. Sachant que la communauté internationale a toujours pesé de son poids dans la pacification de notre pays et dans la réconciliation de notre peuple, j’exhorte le gouvernement à respecter l’échéancier constitutionnel, ainsi que le chronogramme électoral, pour ne pas compromettre indéfiniment la fragile paix nationale, y compris l’harmonie entre les différents pans sociologiques de la Nation. Au cas où le président de la République essaierait de se maintenir illégalement à la tête de l’État, que le gouvernement ne cesserait de spolier les deniers publics et que les partis alliés au pouvoir, ou complices de ce pouvoir, persisteraient dans leurs machinations et mesquineries préjudiciables aux intérêts vitaux du sanctuaire national, je recommanderais, rien que moins, à chaque Congolaise et à Chaque Congolais, d’user de tout moyen légitime pour sauver la Nation, l’État et ses institutions, pour mettre hors d’état de nuire les adversaires de la démocratie.

Africa Media 21 : Quel risque le pays court-il, si jamais les élections étaient reportées sine die ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Cette volonté suspecte de ne pas tenir des élections dans les délais constitutionnels fera malheureusement retourner notre cher et beau pays dans les travers tyranniques que notre peuple a sans doute rejetés depuis des lustres. Elle le fera retourner dans les mauvaises manies qui ont longtemps hypothéqué notre destin collectif. Force est d’admettre que ces mauvaises habitudes sont résolument à la base de maintes convulsions politiques, économiques, sociales et culturelles qui ont émaillé notre histoire nationale. Ces comportements déviationnistes que sont naturellement le non-respect des textes fondamentaux, le manque de légitimité politique, la culture du mensonge cousu de fil blanc, la corruption des institutions politiques et publiques, la navigation à vue, les violations récursives des droits humains, la chosification de l’être congolais, sont très nettement à la base de diverses conflagrations armées qui ont pétrifié notre indépendance nationale et notre développement économique, tout comme notre progrès social en tant que collectivité et entité humaine. Il y a lieu de constater que celles-ci ont fini par achever, telle une carcasse à la merci des charognards dans la jungle, le peu d’État qui caractérisait encore notre pays et notre Nation.

Africa Media 21 : Aimeriez-vous répondre à une question que nous n’aurions pas posée pour finir ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko : La législature actuelle couplée au quinquennat présidentiel s’arrêtera, constitutionnellement parlant, le 30 juin 2011. Contrairement à ce qui s’est passé pendant la transition chaotique de 2003 à 2006, il ne sera pas du tout question d’étirer le mandat des animateurs actuels d’institutions étatiques et gouvernementales. En effet, notre peuple a assez souffert de leur ingéniosité malveillante. À cet égard, il ne peut plus continuer à souffrir le martyre, d’ailleurs conséquence directe de leurs politiques délibérées. Par conséquent, je recommande pour le 30 juin 2011 l’installation d’une équipe de gestionnaires aguerris, intègres et probes dont la mission primordiale sera d’assurer techniquement la continuité de l’État et d’organiser les élections dans le semestre suivant.

Propos recueillis par Eric Mwamba

© Africa Média 21

Créer un site gratuit avec e-monsite.com - Signaler un contenu illicite